Gustave FLAUBERT (1821-1880). Lettre autographe, [Croisset] - Lot 139

Lot n° 139
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Estimation :
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Résultat : 2 800EUR
Gustave FLAUBERT (1821-1880). Lettre autographe, [Croisset] - Lot 139
Gustave FLAUBERT (1821-1880). Lettre autographe, [Croisset] Dimanche [13 décembre 1846, à Louise COLET] ; 4 pages in-8 (encadrée). Superbe lettre de conseils sur la littérature et de réflexions amères sur la vie. « Tu as été malade mon pauvre cœur ! Tu as souffert. Ne fais plus ces excès de travail qui usent et qui à cause de la lassitude même qu'ils laissent après eux vous font en définitive perdre plus de temps qu'ils ne vous en ont fait gagner. Ce ne sont pas les grands dîners et les grandes orgies qui nourrissent mais un régime suivi soutenu. Travaille chaque jour patiemment un nombre d'heures égales. Prends le pli d'une vie studieuse et calme. Tu y gouteras d'abord un grand charme et tu en retireras de la force. J'ai eu aussi la manie de passer des nuits blanches. Ça ne mène à rien qu'à vous fatiguer. Il faut se méfier de tout ce qui ressemble à de l'inspiration et qui n'est souvent que du parti pris et une exaltation factice que l'on s'est donnée volontairement et qui n'est pas venue d'elle-même. D'ailleurs on ne vit pas dans l'inspiration. Pégase marche plus souvent qu'il ne galoppe. Tout le talent est de savoir lui faire prendre les allures qu'on veut mais pour cela ne forçons point ses moyens comme on dit en équitation. Il faut lire, méditer beaucoup, toujours penser au style et écrire le moins qu'on peut, uniquement pour calmer l'irritation de l'Idée qui demande à prendre une forme et qui se retourne en nous jusqu'à ce que nous lui en ayons trouvé une exacte précise adéquate à elle-même. Remarque que l'on arrive à faire de belles choses à force de patience et de longue énergie. Le mot de Buffon est un blasphème mais on l'a trop nié ; les œuvres modernes sont là pour le dire. - Modère les emportemens de ton esprit [...] La fièvre ôte de l'esprit ; la colère n'a pas de force. C'est un colosse dont les genoux chancellent et qui se blesse lui-même encore plus que les autres ». Il parle alors d'une petite opération qu'il a eue à la joue, puis il en vient à parler de la vie : « Comme si ce n'était pas assez de toutes les pourritures et de toutes les infections qui ont précédé notre naissance et qui nous reprendront à notre mort nous ne sommes pendant notre vie que corruptions, et putréfactions successives, alternatives, envahissantes l'une sur l'autre. Aujourd'hui on perd une dent demain un cheveu, une plaie s'ouvre un abcès se forme on vous met des vésicatoires on vous pose des sétons. Qu'on ajoute à cela les cors aux pieds, les mauvaises odeurs naturelles, les secretions de toute espèce et de toute saveur ça ne laisse pas que de faire un tableau fort excitant de la personne humaine. Dire qu'on aime tout ça ! Encore qu'on s'aime soi même et que moi par exemple j'ai l'aplomb de me regarder dans la glace sans éclater de rire »... La seule vue d'une vieille paire de bottes peut émouvoir quand on pense à tous les pas qu'on a faits avec pour aller on ne sait plus où... Il donne à son amie, en terminant, « un long baiser sur la bouche ». Correspondance (Pléiade), t. I, p. 417. Expert : Monsieur Thierry BODIN, Les Autographes - 01 45 48 25 31 - lesautographes@wanadoo.fr Dimensions avec cadre soclé : 37,5 x 39 x 9 cm Dimensions sans le socle : 19 x 24 cm Le retrait des lots se fera le jeudi 8 octobre 2026 sur rendez-vous, à Paris XVe (Métro : Pasteur). [L'adresse exacte vous sera communiquée après entier paiement du bordereau, lors de la prise du rendez-vous]
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